Billet Lecture – Parenthèse estivale… et gourmande

 

Quelques pages à savourer au rythme de mots gourmands qui, pour une fois, dévorent le lecteur… et non l’inverse. « Au secours, les mots m’ont mangé » de Bernard Pivot (Allary Editions)7bba2bf62bbc80714c455bd7eb47042c

On connaît l’appétit de l’auteur du Dictionnaire amoureux du vin pour les choses de la table. Comme il le dit, écriture et lecture ont des points communs : «On déguste les phrases. On savoure les textes. On boit les paroles. On dévore des livres. On s’empiffre de mots… Mais la vérité est tout autre: ce sont les mots qui nous grignotent, ce sont les livres qui nous avalent…». Bernard Pivot décrit alors un vieil écrivain, reçu à Apostrophes, consacré au Goncourt et qui a toujours l’impression d’être mangé par les mots.

Au fil des pages, il nous met les mots à la bouche, se délecte de jeux de mots, et s’interroge : pourquoi le mot «femmes» se prononce-t-il «fam» alors qu’il contient un «e»? «J’ai tout de suite compris que ça allait être compliqué avec les femmes…», écrit-il.

Puis une histoire se déroule avec humour et finesse à travers les mots qu’il apprécie et même ceux qu’il voudrait changer. Lire son étonnante réforme de l’orthographe fait sourire : il faudrait, par exemple, écrire «héléphant» pour que l’animal et le mot en soient plus majuestueux. « Le minuscule é au début du mot éléphant est sans commune mesure avec la tête volumineuse du pachyderme, ses vastes oreilles, sa trompe, ses défenses, sa mémoire phénoménale. Avec un h l’héléphant aurait sur le papier une tête conforme à sa nature, plus de poids, plus de volume »

Tout comme il faudrait enlever le «x» (lettre au caractère pornographique) au mot «pieux» (qui est animé par des sentiments de piété) et l’ajouter à celui de «pieu», plus approprié. Original non ? Pourquoi, poursuit l’auteur, mettre un trait d’union entre les ex : ex-mari, ex-femme, ils sont séparés, ils ne doivent plus être rapprochés ! Logique…

De l’humour il y en a à chaque page. Lire : la description des mots qui hantent l’écrivain la nuit, la phrase géniale écrite lors d’une insomnie et qui, au matin, se révèle nulle, les mots qui se bousculent pour dire « je t’aime », etc…

On compatit avec lui qui, dans la conversation doit sans cesse être à la hauteur de sa réputation. A la question : A quoi penses-tu ? il ne peut répondre, comme tout le monde, « à rien ». Ironique, sa femme commente : « Un écrivain qui ne pense à rien ! Un intellectuel qui a la tête vide ! Mais c’est inouï ! Cela ne s’est jamais vu ! C’est une première dans l’histoire des lettres françaises ! Tu imagines Proust ne pensant à rien ? Malraux, Camus, Sartre, la tête vide ? C’est impossible ! De deux choses l’une : ou tu m’as menti ou tu es un faux ou un mauvais écrivain… »

Quant à la fin, tel un délicieux dessert au terme d’un fin repas, c’est un régal. L’écrivain se demande si, quand il se présentera devant Dieu, (s’il existe) il devra le saluer le premier ou attendre qu’il lui adresse la parole ? Je vous laisse découvrir la réponse sous forme de dialogue entre l’auteur et Dieu le Père.

Pour l’amour des mots…