La région de Grasse au patrimoine immatériel de l’Unesco…

Grasse et sa région sont désormais inscrite au Patrimoine Immatériel de l’UNESCO. Sur place, les passionnés de la filière parfum se félicitent.

Ils ont reçu en début d’année Son Exc. Biyong LEE, ambassadeur de la République de Corée, président du Conseil Exécutif de L’UNESCO. Les touristes ont afflué tout l’été. L’école Supérieure du Parfum a ouvert ses portes en octobre dans les locaux de l’ancienne Caisse d’Epargne, un nouveau plan d’urbanisme annonce quintupler les surfaces agricoles et libérer près d’une centaine d’hectares de terrain pour les convertir en champs de plantes à parfum.

Telle une ruche en effervescence, la région qui ne cesse d’innover pour que ses savoir-faire liés au parfum deviennent Patrimoine mondial de l’Humanité est enfin exaucée. Rencontres.

Depuis plus de 10 ans, tous les acteurs ont contribué chacun à leur manière, à œuvrer pour porter la Candidature française 2017/2018 sur la liste du Patrimoine immatériel de l’Humanité (UNESCO). Les premières réflexions ont fait suite à la rencontre entre Jean-Pierre Leleux, alors Sénateur Maire de Grasse et Nadia Bédar, responsable de la Mission Patrimoine vivant de Grasse. Sont inscrits dans l’histoire des femmes et des hommes qui portent cet art, ce savoir-faire, ce savoir-être : l’art de cultiver, de transformer, de composer le Beau au service du Vivant. . A l’occasion la visite de Son Exc. Biyong LEE, ambassadeur de la République de Corée, président du Conseil Exécutif de L’UNESCO, avait rappelé :  » la ville de Grasse et ses environs est le seul territoire à combiner les trois piliers de la filière parfum : la culture de la plante à parfum, la transformation des matières premières et l’art de composer le parfum. Ces savoir-faire sont un héritage précieux que nous avons à défendre et à protéger « .

A la tête de L’Association Patrimoine Vivant du Pays de Grasse depuis 2008, il  réunit les plus grands praticiens de la filière, l’ensemble des cultivateurs de plantes à parfum, les experts et ouvriers de la transformation des matières premières naturelles. Les populations associées aux  » Fêtes, Rituels et Pratiques Sociales  » telle que la cuisine des fleurs ou les fêtes liées aux récoltes, s’associent aussi à la démarche de candidature. Les savoir-faire liés au parfum en Pays de Grasse sont entrés à l’inventaire du Patrimoine Immatériel de la France en avril 2014. Le Pays de Grasse reconnu au Patrimoine mondial de l’Humanité vient récompenser ces talents transmis de génération en génération.

Ce joyau de notre patrimoine continue de brandir haut les couleurs d’un fleuron dont on peut être fiers. Comme le rappelle  Jérôme Viaud, le dynamique maire de Grasse  » cette démarche est le fruit de nos efforts communs, animés par la même passion : l’amour du parfum, l’amour d’un territoire, l’amour d’un héritage séculaire exceptionnel. Cette inscription au patrimoine immatériel de l’UNESCO, qui occupe depuis des années tous les acteurs de la filière à parfum du Pays de Grasse, résume à elle seule une aventure humaine extraordinaire ».

 

Il suffit pour cela d’entendre l’enthousiasme de Philippe Massé président du Syndicat National des Fabricants de Produits Aromatiques. « Prodarom fête ses 120 ans cette année. Une exposition a retracé l’histoire du syndicat et a rendu hommage à ses présidents comme à ses membres. 70 sociétés y adhèrent, représentant environ 80 % de l’activité française du secteur. L’association, active au niveau européen, national et territorial, fédère l’ensemble des acteurs de la filière aromatique. Avec plus de 70 % du chiffre d’affaires à l’export, l’Industrie des fabricants de produits aromatiques détient une place de leader pour le Commerce Extérieur de la France. Nous sommes fiers de contribuer à ce succès » confie Philippe Massé également président du Grasse Institute of Perfumery. L’école internationale, créée en 2002, vise à faire découvrir le patrimoine industriel de la parfumerie et les métiers de la création et de l’évaluation dans l’industrie des fragrances. Elle est au cœur du dispositif «Transmission des savoirs et savoir-faire » dans le cadre de cette nomination par l’UNESCO.

En effet, tant au travers des formations de parfumeur – évaluateur que dans celles d’opérateur d’extractions produits, l’école internationale s’attache à transmettre les connaissances sur les matières premières naturelles, fleuron historique du Pays de Grasse, sur leur culture, sur les procédés d’extractions (tels que la distillation ou l’extraction par solvants) mais aussi l’utilisation de ces matières d’exception pour la formulation des parfums.

En 16 ans d’existence, près de 2000 élèves (dont plus de 160 élèves parfumeurs), venus de 70 pays différents, ont pu ainsi découvrir et se former à la connaissance des matières premières et à l’art de la composition. Quel succès !

Olivier Maure, gérant d’Accords & Parfums est tout aussi enthousiaste. Ce Centre de fabrication basé au cœur du Domaine Sainte Blanche est dédié uniquement aux parfumeurs indépendants. Fort de son expérience auprès de la société Art & Parfums, créée par Edmond Roudnitska, premier parfumeur créateur indépendant, il raconte : « J’ai développé, dès 2004 un nouveau concept de production des concentrés de parfums. Accords & Parfums met à la disposition de mes 40 parfumeurs les outils nécessaires à leurs créations (logiciel métier, matières premières…), assure la veille réglementaire et fabrique leurs formules. Plus que jamais habité par la conviction que « le parfum reste une œuvre d’artistes », il constate avec bonheur que ces artisans d’art sont de plus en plus nombreux à s’installer dans la région. Certains ont leur boutique dans le centre tels qu’Olivier Durbano ou Martine Micaleff. Autour de Virginie Roux, (Au Pays de la Fleur d’Oranger) d’autres se retrouvent chaque année autour de manifestations riches en senteurs comme ExpoRose.

Sur les hauteurs de la ville, à Bar sur Loup, l’énergie de l’industrie du parfum est aussi palpable au sein de l’usine ultra moderne Parfums Plus spécialisée dans la création et la production de compositions parfumées, destinées à la parfumerie fine, la parfumerie d’ambiance, la cosmétique et l’industrie de la détergence. Son directeur, Stéphane  Garavagno explique  :  » Notre production est automatisée à 80%. Nous exportons une grande partie et au fil des années, nous développons une politique d’expansion internationale. Nous avons ouvert des filiales et des bureaux commerciaux dans plusieurs pays ».

Plus bas dans la vallée, d’autres entreprises s’activent autour du parfum également, comme Fragrance Influence. Créée par Nathalie Sahut, cette agence est la première du genre consacrée « à l’analyse marketing et aux tendances, dédiée à l’industrie du parfum ». Comme l’explique sa fondatrice, forte d’une expérience dans le domaine (elle a travaillé comme responsable marketing chez Mane, Charabot et Robertet) :  » J’accompagne les entreprises de l’industrie de la parfumerie dans leur stratégie marketing ; je guide les fabricants de produits parfumés dans leur développement parfum et leur communication olfactive. Ce qui me passionne ?  Décrypter les tendances, trouver  de nouvelles sources d’inspiration olfactive, imaginer des concepts innovants et créer de nouveaux parfums « . Mais pas seulement. En proposant un service sur mesure, elle permet aux industriels de la parfumerie d’externaliser leur service marketing et aux fabricants de produits parfumés de bénéficier de son expertise en terme de développement olfactif. Une offre précieuse dans un monde concurrentiel qui exige créativité et innovation.

La créatrice de parfums Juliette Espinasse Dubois ne manque pas non plus de talent. En créant sa ligne de parfums en 2014 sous la marque July St Barthelemy, l’artiste allie sa passion pour les parfums – « avec plus de 20 000 flacons collectionnés depuis sa jeunesse » – et celle des voyages dont elle se nourrit pour créer. Inspirée par plusieurs années passées sur l’Ile de St Barthélemy comme créatrice de chapeaux, imaginer des parfums « portés par une femme libre qui aime le beau, la douceur de vivre et le luxe à la française » était comme une évidence. Aujourd’hui, une douzaine de créations sont vendues à travers le monde, dont les Exclusifs reconnaissables à leur élégant bouchon en forme de coquillage. Installée dans le pays de Grasse, – Parfumerie July of St Barth concept store 11 rue Jean Ossola, 06130 Grasse – Juliette profite des bienfaits de la terre et du dynamisme ambiant.

Cet élan est par ailleurs incarné non loin par les membres de l’association Grasse Expertise. Elle comptait 19 inscrits à sa création il y a un an. Ils sont aujourd’hui plus de 30 à avoir rejoint l’écosystème des professionnels tournés vers le XXIème siècle. Avec d’autres, Jacques Pain, fervent défenseur de la filière parfum et de sa région, ne manque pas d’idées pour encourager l’industrie de la parfumerie et la préserver. C’est le cas de l’association Les Fleurs d’Exception du Pays de Grasse et sa cofondatrice Carole Biancalana, heureuse de constater que l’inscription des Savoir-faire liés au Parfum en Pays de Grasse à l’UNESCO a aussi fait prendre conscience de l’excellence des produits et du risque de disparition de méthodes et pratiques.

L’économie locale s’en ressent. Les touristes sont toujours aussi nombreux. Le MIP et le musée Fragonard ne désemplissent pas. Les événements pour attirer les professionnels, les étudiants et les investisseurs se multiplient. La région est en effervescence c’est sûr. avec cette nouvelle, l’heure est à la fête.

http://fragrance-influence.fr/fr/

Autres liens à consulter :
– ich.unesco.org/fr/13com (ouvrir le point 10b de l’ordre du jour puis sélectionner le point 10b14 pour avoir accès au dossier déposé par la France auprès de la commission du Patrimoine Culturel Immatériel de l’UNESCO)
– Patrimoine Vivant en Pays de Grasse : savoirfaireparfum.paysdegrasse.fr/
– Musée International de la Parfumerie : www.museesdegrasse.com/
– Office du tourisme :paysdegrassetourisme.fr

@photos : I.Sadoux